Hyènes


Théodore-Frédéric Benoît (Arnaud Aldigé) dans son dialogue impossible avec les derniers visiteurs du condamné à mort. (Photo © Gilles Lespagnol)

En 1832, pour le double meurtre de son amant José Formage et celui de sa mère,
Théodore-Frédéric Benoît est condamné à mort.
Il sera guillotiné sans qu’on établisse la preuve de sa culpabilité.
A partir de ce fait historique, Christian Siméon rêve le « dialogue impossible » de ce banni avec ses derniers visiteurs.

Hyènes

Texte : Christian Siméon
Titre original : Hyènes ou le monologue de Théodore Frédéric Benoît
Mise en scène et Scénographie : Thierry Falvisaner
Comédien : Arnaud Aldigé
Voix : Michel Fau
Costumes : Aurélie Poulin
Régie générale et Lumières : Sylvain Blocquaux
Musique : Nicolas Grellier

 

 

Le spectateur doit recevoir le texte à la pointe du menton. Ici l’esquive est impossible. Entrer au théâtre et le recevoir violemment « dans la gueule ». Thierry Falvisaner

À propos de la création de Hyènes

par Thierry Falvisaner, metteur en scène

Hyènes, ce doit être un coup de poing…
Le spectateur doit recevoir le texte à la pointe du menton. Ici l’esquive est impossible. Entrer au théâtre et le recevoir violemment « dans la gueule ».
Vouloir monter Hyènes et avoir peur de sa violence serait un contresens.
Ce texte, ce doit être une expérience sensible. Il faut avoir peur, se perdre, le savoir coupable, le savoir innocent. Vouloir l’entendre, vouloir qu’il se taise à jamais. L’aimer, le haïr. Spectateur, toi qui entre voir Hyènes… sache que tu entres sur un ring. Les mots te taperont, te bousculeront, te provoqueront.
Oui il faut voir Hyènes et être malmené. Non pas pour le plaisir du masochisme. Mais parce que ce texte est essentiel.

Parce qu’il nous parle d’aujourd’hui, des maux d’aujourd’hui. Comme un historien, en se plongeant dans notre sombre histoire, Siméon rend plus perfectible, plus saisissant les maux d’aujourd’hui.
Ce n’est ni du journalisme d’investigation, ni du compassionnel contemporain.

Siméon ne pointe pas du doigt les errements de nos sociétés. Il ne se drape pas dans le manteau de l’indignation devant la misère, la pauvreté, l’exclusion, l’injustice.
Et ainsi sans être un texte ni militant ni politique, la métaphore historique est éminemment politique et théâtrale. Et c’est bien parce que ce texte est avant tout un texte de théâtre qu’il est politique.

Le geste artistique de Christian Siméon est simple. Il convoque au théâtre des spectateurs pour leur raconter une histoire. Mais dans Hyènes, Siméon assume d’être au théâtre… Ce n’est ni de la télévision, ni de la littérature… Ce texte assume la représentation.

Théodore Frédéric Benoît s’adresse au spectateur, il lui parle, il le questionne. Il n’est pas là pour le divertir… il est là pour marquer sa mémoire.

La langue de Siméon empêche la caricature.

L’important dans Hyènes est évidemment le trouble que doit ressentir le spectateur. Le trouble est contenu dans le texte mais c’est aussi la maîtrise du personnage qui est fascinante. Maîtrise de la langue avant toute chose. Chaque mot est pesé, délicat, violent.
Thierry Falvisaner Théodore Frédéric Benoît sait exactement ce qu’il dit… à tel point qu’on peut se demander si ses émotions mêmes ne sont pas feintes ou jouées.

J’imagine un décor assez dépouillé, qui représente tout de même la situation du personnage. Il est enfermé ; ainsi un matelas, une table, une chaise, une cuvette de toilettes, un miroir et quelques cailloux suffisent.
Tous ces objets devront être blancs et propres. L’essentiel est de montrer le peu de chose qui entoure Théodore Frédéric Benoît. Il est inutile de vouloir figurer la saleté qu’on imagine dans ces espaces.
Ce qui est sale c’est l‘enfermement, le procès à charge, les mots.

Au contraire cela doit être propre et Théodore Frédéric Benoît est élégant, certainement très bien habillé.

Il est d’une certaine manière un danseur de tango, très beau, intrigant, charmant, drôle et dangereux. En tout cas c’est ainsi qu’il nous apparaît.

Les couleurs utilisées pour le spectacle sont ainsi réduites : du blanc, du noir et du rouge.

De même pour la lumière, j’imagine des choses radicales, notamment construire une cage de lumière rouge autour de Théodore Frédéric Benoît.

Nicolas Grellier s’est déjà emparé de la musique du spectacle, il compose à la contrebasse des thèmes qui accompagneront de manière récurrente le personnage.

Michel Fau, après avoir été le premier interprète de ce texte, nous fait l’honneur de prêter sa voix à Maître Chaix d’Est-Ange.

Arnaud Aldigé joue Théodore Frédéric Benoît.
La partition est prodigieuse, incroyable, énorme.

Ce texte est une folie d’acteur et doit être abordé avec humilité et ambition.
Humilité devant les mots, ambition face à soi.

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