Les Justes

Les Justes


Albert Camus

En février 1905 à Moscou, un groupe de terroristes, appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le Grand Duc Serge, oncle du Tsar. Cet attentat et les circonstances particulières qui l’ont précédé et suivi font le sujet des Justes. Tuer et mourir pour une idée ! Quelles justifications à un acte de terreur ? Cet acte de terreur, Les Justes vont le commettre, les plongeant dans une contradiction tragique.

Texte : Albert Camus
Mise en scène : Thierry Falvisaner
Avec : Arnaud Aldigé, Thomas Cerisola, Stephan Kalb, Alexandre Le Nours, Johanna Nizard, Arnaud Apprédéris
Scénographie : Grégoire Faucheux
Construction : Jérôme Perez
Univers sonore : Shoi Extrasystole
Création lumière : Simon Laurent
Vidéo : Valentin Boubault
Administration : Sylvie Moineau

REPRÉSENTATIONS
– jeudi 25 janvier 2018 à 14h et 20h
– vendredi 26 janvier 2018 à 20h
au Théâtre Gérard Philipe

RÉPÉTITIONS ET CRÉATIONS
Toutes les périodes qui ont donné lieu à un travail sur le plateau du TGP ont été des moments où les acteurs et les habitants ont été mis en relation grâce à différents types d’actions : répétitions ouvertes, working progress, ateliers, rencontres, repas partagés. Dans le cadre du projet de résidence de la compagnie au TGP, chaque moment de création doit être une occasion pour rencontrer et échanger, mais aussi pour montrer le travail. Ainsi lors de ce premier temps de travail, les portes du théâtre sont toujours restées ouvertes pour qu’un spectateur, un visiteur, un habitant, un voisin, puisse se glisser dans la salle, s’installer 15 minutes, 1 heure, un après-midi pour simplement regarder le travail en train de se faire.

« …La révolte ne va pas sans le sentiment d’avoir soi-même, en quelque façon, et quelque part, raison… ». L’homme révolté, Albert Camus

À propos de la création des Justes

par Thierry Falvisaner, metteur en scène

Pas moins qu’hier, nos destinées contemporaines sont entre les mains de quelques décideurs politiques et économiques et notre capacité individuelle et collective à résister et lutter est chaque jour interrogée. Et plus encore que notre capacité, se pose la question du comment résister et jusqu’où.
Dans Les Justes, la réponse ne nous est pas donnée, elle nous incombe. Les personnages que Camus nous propose et qui répondent à leurs contradictions jusqu’à l’extrême, nous dévoilent le spectre large de la nature humaine, déchirée par ses pulsions contradictoires. Mort et vie s’enchevêtrent ici sans pouvoir jamais se séparer, et même la pulsion amoureuse qui lie les deux figures de la pièce Dora et Kaliayev ne produira pas le miracle espéré. Il s’agit bien d’une tragédie où la révolte est plus forte que la raison ou l’ordre établi.
Renoncement, abandon, acceptation, cynisme nous guettent tous et chacun.
Tout semble nous échapper, l’indignation a remplacé la colère juste, légitime et agissante.
Pour Camus il est nécessaire « d’évoquer ces grandes ombres, leur juste révolte, leur fraternité difficile, les efforts démesurés qu’elles firent pour se mettre en accord avec le meurtre et pour dire ainsi où est notre fidélité ».
Alors nous aussi nous tacherons à notre mesure d’être fidèle aux questionnements, et à l’engagement de Camus en proposant une version électrique, tendue, incarnée des Justes et donner à cette représentation sa fonction éminemment politique de l’acte théâtral.

Albert Camus, notre contemporain
Albert Camus est un moderne. Sa lecture politique d’un monde en reconstruction est tout à fait singulière et lui a valu d’ailleurs un certain nombre d’inimitiés ou encore de remise en cause. Alors que nombre de ses contemporains s’enferrent dans une lecture binaire du monde en devenir, Camus ne s’exonére pas d’un juste questionnement qui va jusqu’à faire valser ses propres convictions, certitudes. Le doute semble être chez lui un moteur de la pensée et non un empêchement à agir.
Les Justes est un exemple de cette singularité, de cet à-propos, et de la modernité de la pensée de Camus. Alors que lui-même s’est engagé dans la résistance, alors que la France panse encore ses plaies du régime de Vichy, de la collaboration, de l’occupation nazie, Camus semble questionner la notion même de résistance. Il ne la remet pas en cause, il la questionne.

« Doit-on tuer à n’importe quel prix ? Peut-on enlever la vie même pour une cause juste ? Qu’est-ce qu’une cause ? Qu’est ce qui est légitime ?
Et par là même, la question de la Terreur, du terrorisme.
Que veut dire ce mot et qui l’emploie ? ».

Bachard El Assad emploie le mot terroriste pour qualifier ceux qui le défient.
Les Rohingyas sont exterminés et le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi les qualifie de terroristes pendant qu’Erdogan prend leur défense.
Les nazis ont placardé des affiches pour présenter le groupe Manouchian comme terroristes…
Le mot en soi contient tout et son contraire. Il contient la peur et plus encore la destruction. Il résonne où le sens disparaît au profit de la bestialité. Il est l’endroit de la négation de l’homme et de la vie.

Ces dernières années nous sommes à nouveau confronté au terrorisme, ici, en France. Terrorisme, fruit d’une idéologie mortifère, et terrorisme porté, conduit, activé aussi par des enfants de France. Que s’est-il passé ? Comme cela s’est-il passé ? Il n’y a évidemment pas de réponses simplistes, et l’analyse du phénomène doit être fine et précautionneuse. L’état d’Urgence depuis 2 ans a peut-être empêché quelques actes terribles sur notre territoire mais l’urgence n’est-elle pas encore prégnante et l’enjeu n’est il pas aussi de chercher quelques explications, de comprendre, de mettre des mots, d’apaiser quelques peu la nation et ses enfants quel que soit leurs origines.
Etre confronté dans le quartier de la Source, ici à Orléans, dans un territoire qui n’est pas un territoire perdu de la république, au communautarisme, à l’impossibilité de se parler, au mouvement de pensée intégriste, rend humble mais aussi inquiète et questionne.
La mixité vole en éclat, les projets, nombreux ambitieux, s’adressent aux uns, s’adressent aux autres, mais trop rarement aux uns et aux autres. Nous sommes contraints, engagés sur le territoire, à chercher, des clients, des projets… en fléchant vers certains puis vers d’autres. Nous sommes perdus, ne sachant que faire, remplissant des CERFA, faisant des analyses qualitatives et quantitatives qui servent de quitus de sens et d’arguments fallacieux de poids. On se rassure, on se rapproche du feu sacré et jusqu’ici tout va bien…
En tout cas on se force à le croire.
Toutefois les alertes sont trop nombreuses pour ne pas les voir, les cris ne sont plus d’orfraies mais bien plus « Munchéin »…véritablement angoissés, voire paralysés devant cette réalité qui nous saute à la gueule à la condition d’accepter de la regarder avec lucidité.

Intentions
En mars 2017, nous proposions à la scène L’Othello de William Shakespeare, dans une version fidèle à l’esprit et à la langue de Shakespeare.
Le travail que nous proposons avec Théâtre Charbon est celui d’un théâtre délibérément « politique » et qui tente d’être en phase avec des problématiques contemporaines par le biais de projets de mises en scènes de textes classiques ou contemporains mais aussi par des projets d’actions culturelles que nous menons dans le quartier populaire d’Orléans la Source.
Othello n’a pas « dérogé » à la règle et nous avons à cette occasion été en dialogue avec de jeunes spectateurs collégiens. Lors de ces rencontres nous avons pu constater avec effroi comment dans ces quartiers populaires, où la mixité est une chimère, les valeurs qui fondent notre pacte républicain sont mises à mal ; égalité hommes/femmes, rapport à la « faute » adultérine, liberté de croyance ou de non croyance, usage de son corps…
Quelles réponses apporter à ces jeunes gens souvent « embarqués » dans des croyances mortifères ?
Comment leur donner la possibilité de questionner leurs certitudes ?
Et comment ne pas faire le lien entre ces jeunes gens et le climat de peur qui traverse notre société ?
Il me semble que le théâtre par sa puissance métaphorique et cathartique est un médium adapté à ces questions et que la réponse « sécuritaire » en cette période d’état d’urgence est loin d’être suffisante.
Toutefois il est nécessaire pour conduire ce travail d’être « légitime » et ne pas laisser la place à une faille qui pourrait « décrédibiliser » cette entreprise aussi louable soit elle.

Camus n’a pas besoin de prénom, son nom résonne comme un passeport et c’est légitime : son oeuvre, son parcours, son histoire, ses engagements plaident pour lui.
Proposer un texte de Camus plus particulièrement à ces jeunes gens, pour parler du terrorisme, pour questionner la notion d’engagement, de résistance, d’injustice pour interroger les questions de valeur, pour évoquer la notion de vie et de mort et enfin avec Les Justes appréhender la force du rapport « amoureux » comme antidote à la force de destruction est une évidence.
« Les Justes » permet par ailleurs, par sa non contemporanéité, de questionner plus facilement notre histoire d’aujourd’hui. Interroger Le terrorisme par une oeuvre contemporaine en mettant Daesh en scène où en écrivant sur les attentats du 13 novembre 2015 nous semble « contre-productif ». Trop de crispations, trop d’émotions, trop d’immédiats empêchent la sérénité nécessaire pour embrasser avec intelligence ces questions essentielles.
D’ailleurs n’est-ce pas le projet d’Albert Camus à l’époque ? Ne pas écrire sur la seconde guerre mondiale pour mieux parler justement de la seconde guerre mondiale.

« D’un point de vue strictement théâtral, la pièce est d’une facture classique et s’appuie sur les personnages, l’histoire et l’émotion. Nous ne souhaitons pas lui donner un caractère contemporain ni un caractère par ailleurs historique. Il s’agit bien d’une oeuvre intemporelle qui s’appuie sur des faits historiques pour mieux nous parler d’humanité. ».

C’est aussi le travail que nous menons, un dialogue entre passé et présent, en interrogeant les racines, et « Les Justes » de Camus devient dès lors cette fondation, cette histoire avec laquelle nous dialoguons ici et maintenant.
Pour porter ce texte tout en tension, il faut s’appuyer sur des acteurs d’une part de grand talent, mais aussi mus par le désir de faire ensemble, de faire pour et de proposer un projet collectif, non pas au sens communiste du terme mais bien dans cette idée que nous avons du théâtre : faire ensemble et pour.
Les acteurs qui porteront la langue de Camus sont sans doute un peu plus âgés que les personnages de la pièce mais ce sont surtout des acteurs expérimentés qui peuvent porter sur le plateau cette double nécessité : la fougue de la jeunesse par un jeu physique, en tension, en immersion et aussi une maturité qui permettra de porter un regard sur ces personnages pour nous faire entendre la finesse, la force, la puissance de l’écriture et de la pensée humaniste qui sous-tend l’oeuvre de Camus.

Thierry Falvisaner, juin 2017

 

SCÉNOGRAPHIE
Avant l’installation des décors sur la scène, il y a le croquis, le projet…
Merci à Grégoire Faucheux de partager avec nous les coulisses de sa création pour Les Justes : www.gregoirefaucheux.com

 

CRÉATION SONORE
A la découverte de l’univers sonore et extrasensoriel de Shoi Extrasystole
extrasystole-music.blogspot.com

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